La jalousie dans les « Lettres Portugaises »
13 stycznia 2009 o 16:40 w irom

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Les « Lettres Portugaises » présentent une image d'amour exceptionnelle. Le portrait psychologique d'une femme amoureuse est très complexe, et assez vraisemblant au point qu'il a provoqué des soupçons sur l'authenticité de ces lettres — peut-être il existait une telle femme qui les a écrites et envoyées à Guilleragues ? Cette image de l'amour difficile montre l'évolution de ce sentiment, aussi bien que beaucoup d'autres aspects de cette sensation, la jalousie y jouant le rôle principal.

L'œuvre de Guilleragues, sous la forme de 5 lettres, raconte un fragment de l’histoire d’une jeune religieuse portugaise qui soupire pour son amant français après son retour en France. Elle lui envoi des lettres pleines de passion, d’abord espérant son retour, puis elle errant dans un labyrinthe de ses émotions où elle ne trouve ni le but de son écriture (puisque l’amour n’est pas réciproque et elle n’y peut rien faire) ni le soulagement du sentiment qui « (...) emplit le coeur jusqu'à le faire éclater, enlève à l'âme toute autre raison de vivre ». 1


Guilleragues commence son œuvre au moment où l'amante souffre déjà à cause de son amour. Elle regrette ne pas avoir reçu des lettres de son amant ni l'avoir vu après leur séparation. À ce niveau elle est triste, mais non pas encore désespérée. Avec plusieurs assurances de son amour elle veut le convaincre de venir chez elle et l'aimer autant qu'elle l'aime, même si elle ne le dit pas directement. Cependant, c'est déjà ici qu'elle devient jalouse : elle s'imagine qu'il l'avait oubliée et qu'il aime une autre femme. Mais son amour est à la fois assez fort et aveugle qu'elle ne veut pas en penser : « Ne suis je pas assez malheureuse sans me tourmenter par de faux soupçons ? » De plus, pour se garantir son amour, elle lui conseille de rester fidèle : « vous ferez bien aussi de n'aimer personne [d'autre] ». Elle veut ni savoir, ni croire qu'il a cessé de l'aimer.

La seconde lettre introduit beaucoup de changements dans sa façon de penser. Elle parle ouvertement de ses émotions 2 , et puis elle le regrette. Elle demande la pitié, mais à la fois elle déclare que son amour ne dépend pas de la décision de l'amant. À ce moment-là elle semble l'aimer de façon très profonde : elle l'aimerait même s'il ne l'aime pas. Elle est désespérée, et elle ne sait pas quoi faire pour mériter l'amour de son amant. Le nombre des adieux à la fin de cette lettre montre une pose prise par la religieuse : elle semble s’en aller, quitter l’amant en attendant qu’il l’arrête. C’est une sorte de provocation qu’elle explique dans la même phrase : « (...) ayez pitié de moi. »

La période qui sépare la deuxième et la troisième lettre lui a apporté un peu d'apaisement : elle semble être beaucoup plus calme et sûre de ses émotions. Elle veut prendre soin de son amant, elle ne lui souhaite que de belles choses. Cependant, elle déclare ouvertement sa jalousie de tout ce qui lui apporte le bonheur : c'est elle qui aurait été à leur place. Elle s'en veut pour de telles pensées. Elle l'aime au point de sacrifier sa vie pour qu'il ne pense qu'à elle. Sa jalousie la pousse à de telles déclarations puisqu'elle ne veut pas qu'il aime une autre femme. Elle développe cette idée dans sa quatrième lettre : elle lui souhaite que « (…) tout les femmes de France vous trouvent aimable, qu'aucune ne vous aimât, et qu'aucune ne vous plût (…) ». Par un tel procédé elle veut s'assurer qu'il n'aimera jamais une autre femme, qu'il ne sera jamais aimé de la même façon que par elle, et à la fois qu'il sera entièrement libre de vivre avec des grandes plaisirs. Tout cela permet à l'amante de ne pas le blâmer pour la trahison qu'il avait faite en l'abandonnant et de calmer son sentiment de jalousie. Mais même en disant encore une fois « adieu » elle veut se garantir qu’il lui consacre un peu de ses pensées « (...) avant de [s’]engager dans une grande passion (...) ».

La jalousie est presque absente dans la dernière des lettres de la jeune religieuse. C'est une lettre de renoncement, où l'amante se concentre sur elle-même et dans des longues exclamations elle exprime toutes ses émotions concernantes l'amour. Elle revit ce sentiment pour s'en détacher 3 . L'amante encore une fois se déclare avoir été prête à supporter l'infidélité de l'officier français; dans une autre partie de la lettre elle énumère les avantages des religieuses comme dames de cœur — on peut supposer qu'elle veut décourager son amant d'aimer d’autres femmes. Cependant, elle déclare qu'elle n'a plus d'illusions sur son attitude envers elle. Peut-être elle veut qu'il n'aimera jamais personne. Dans la suite de la lettre elle avoue qu'elle était jalouse même quand son amant était près d'elle : « Je mourais de frayeur que vous ne me fussiez pas fidèle (…) ». Nous voyons donc que la jalousie n'est pas forcement liée à l'amour malheureux. C'est aux temps de la joie qu'on souffre des soupçons, et pour se détacher de l'amant il faut lui permettre d'être infidèle.

Les « Lettres Portugaises » de Guilleragues montrent de façon complète les relations entre la jalousie et l'amour, et les différentes manières dont ils se complètent et se rendent réciproquement encore plus fortes. L’évolution des émotions de la jeune religieuse portugaise présentée dans la forme épistolaire peut être considérée comme des fragments d’auto-analyse psychologique inconsciente 4 , ce qui la rende encore plus vraisemblante.

  • 1. Littérature française , tome Ier, A. Adam, G. Lerminier, E. Morot-Sir, Librairie Larousse, 1972, p. 192
  • 2. R. Zuber, L. Picciola, D. Lopez, E. Bury, Littérature française du XVIIe siècle, Presse Universitaire de France, 1992, p. 194
  • 3. B. Dreyfuss, Textes et documents : Littérature XVIIe siècle, Nathan 1987, p. 394
  • 4. « Lettres Portugaises », Wikipédia, L’Éncyclopédie libre. Disponible le 28.12.2008 sur: http://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Lettres...
  • Wojciech Mosiejczuk @mosiejczuk
    filmowiec i romanista zainteresowany wszelkimi formami narracji, od książek po media wizualne
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