L'amour dans le cinéma amateur polonais
26 marca 2008 o 21:00 w film, artes liberales

Pendant des siècles, l’amour jouait un rôle très important dans la vie des jeunes. La période difficile de maturation était toujours dominée par le sentiment qui exigeait des efforts énormes pour satisfaire les âmes agitées, ou bien pour trouver des moyens d’exprimer la multitude des sensations accompagnant l’amour comme la joie ou la tristesse profonde. C’est là où on a l’habitude de placer la source de la créativité des jeunes artistes. C’est assez de mentionner Goethe, Byron ou Mickiewicz pour apprendre qu’il était à la fois l’inspiration, la raison et le but de leur production. Mais en étudiant les œuvres des jeunes cinéastes polonais on voit que le sujet d’amour n’apparais presque jamais dans leurs films. Pourquoi ? Sont-ils vraiment différents des artistes des époques précédentes ? Ou peut-être que ces sont les tendances socioculturelles qui ne leur permettent pas de s’exprimer ?

Pour pouvoir répondre à ces questions essayons d’abord d’établir une liste des sujets populaires entre les jeunes. Marta Terlecka, directrice du Festival du jeune cinéma Skoffka, après avoir regardé plus de 60 films envoyés cette année à la compétition a constaté que c’est « du milieu criminel, de la molestation d’enfants et de la pauvreté » dont ils parlent le plus. Il faut noter aussi qu’ils n’échappent pas aux sujets de débats publics comme le terrorisme ou l’homophobie. Cependant, les adolescents ont prouvé qu'ils pouvaient se distancer du monde et d’eux-mêmes en faisant beaucoup de comédies. D’où vient alors cette ignorance sur l'un des motifs les plus importants dans leur vie ?

Une analyse de ces quelques films qui abordent le sujet de l’amour nous rapprochera de la réponse. Après avoir fait des recherches dans des catalogues des festivals du cinéma amateur j’ai réussi à en trouver deux qui peuvent servir d’exemple.

Tout (Wszystko) de Artur Wyrzykowski (23 ans), c’est l’histoire d’un jeune idéaliste qui tombe amoureux d’une « mauvaise fille ». Comme dit le créateur : « Il l’aime, elle ne l’aime pas. Mais il fait beaucoup d’effort et il réussit à gagner quelque chose. » Sur la page web du film on lit « L’amour. La comédie. Presque non-romantique, plutôt ironique. » Le héros, ne portant pas de nom dans le film, voit dans son objet de l’amour le seul sens de son existence. Il croit qu’elle le protégera du conformisme quotidien de ses parents, la première pensée qui lui frappe dans un moment de désespoir c’est « Il faut que je sois optimiste. Penser à Monique. Elle va me sauver. » Artur Wyrzykowski avoue que l’histoire est fortement inspirée par sa vie, peut-être elle n’est pas autobiographique, mais autothèmetique. Une des scènes du film présente le héros parlant à son reflet dans un miroir. Il essaye d’exprimer ses sentiments en se posant des questions très difficiles : « Qu'est-ce que c’est l'amour ? » Sa préméditation a une valeur comique. Wyrzykowski dit : « Il y a trois ans que c’était moi-même parlant au reflet. Après quelques minutes j’ai senti quelle nouille j’étais, et j’ai décidé de le transcrire au forme d’un scénario pour qu’il y a du bien de mes sensations. »

Il n’y a pas de quoi se taire (Nie ma o czym milczeć) est un film de Maciej Buchwald, étudiant en troisième année du journalisme à l’Université de Varsovie. Cette courte histoire raconte les péripéties d’un jeune garçon très timide qui cherche sans cesse l’amour. Le fait qu’il est joué par Maciej Buchwald lui-même nous aide encore plus à l’identifier avec le créateur. Comme dans le cas de Tout, ici le héros est une personne pour laquelle l’amour est une force supérieure qui la pousse vers le jour suivant. Ce regard poétique, bien illustré par l’affabulation et raconté par le metteur en scène, est très semblant pour les jeunes cinéastes polonais : soit on ne touche pas au sujet de l’amour, soit on raconte notre propre histoire en exposant nos sentiments de manière proche à l’exhibitionnisme. Il faut noter que les jeunes artistes ne sont pas encore prêts à inventer des histoires si intéressantes et émouvantes qu’ils l’aimeraient — c’est pourquoi ils choisissent de raconter les épisodes de leurs vies.

L’idée de s’ouvrir comme un artiste aux spectateurs est difficilement acceptable pour les jeunes cinéastes. Ils ont peur d’exposer leur intérieur aux amis, à la famille, même aux membres du jury aux festivals. Les confessions dans les films sont complètement différentes de celles dans la poésie ou dans les blogs. Ces derniers ne sont pas une invention artistique, il s’agit plutôt de la création d'une image publique de soi-même. Les poèmes, d’autre part, peuvent être facilement cachés aux yeux des autres. Après avoir tourné un film il est presque impossible de le garder pour soi, c’est un travail collectif des plusieurs personnes qui veulent le confronter avec les spectateurs. L’artiste, le créateur n’est plus le seul propriétaire de son œuvre. Se décider de tourner le film parlant de soi-même c’est s’exposer au regard des gens de son entourage. Pour les jeunes cinéastes qui commencent leurs aventures avec le film, c’est une décision assez difficile.

À tout cela s’ajoute encore un facteur limitant le nombre des histoires d’amour dans le cinéma amateur polonais : la situation dans le cinéma professionnel. Depuis quelques années, les listes de box-office polonais sont presque dominées par les comédies romantiques, souvent de mauvaises qualités. Les jeunes ne veulent pas être inscrits dans la même tendance, alors ils évitent les sujets dangereux.

L’aversion au grand cinéma et la peur de l’exposition des émotions semblent être les plus grandes raisons pour lesquelles les jeunes cinéastes polonais n’abordent pas le sujet d’amour. Cependant, même si le premier facteur disparaissait, le deuxième bloquerait leur créativité. Le problème paraît international, et fortement connecté avec le film, qui est le seul art à exiger un tel niveau de collectivité.

Wojciech Mosiejczuk @mosiejczuk
filmowiec i romanista zainteresowany wszelkimi formami narracji, od książek po media wizualne
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