Le point de vue dans les Chansons madécasses
22 czerwca 2009 o 10:25 w irom

slaveboys

Évariste de Parny avec ses Chansons madécasses était précurseur de la poésie en prose dans la littérature française. L’œuvre, achevée en 1787 par un poète de 34 ans, est un ensemble de douze chansons prétendument traduites du malgache. 1 Le texte serait donc un travail des nègres qui à l’époque étaient au centre d’attention de l’Europe à cause de la politique du colonialisme. 2 Cependant l’analyse détaillé du point de vue dans l’ouvrage donne des fortes suggestions que ce ne sont pas les nègres qui constituent le sujet réel des Chansons..., mais c’est le colonialisme lui-même.


Les Chansons madécasses, étant composées d’une douzaine des œuvres quasiment indépendants l’un de l’autre, présentent des différentes types de narration et points de vue. Avec un changement de la situation, la forme s’y adapte, variant de la prière intime jusqu’au récit en troisième personne.

Déjà dans la première chanson (présentant la rencontre d’un homme blanc avec un nègre qui ensuite le conduit au roi) le narrateur est invisible à cause de la forme dialogué du texte. Le point de vue est objectif, bien que l’action suive les pas de l’homme blanc. C’est lui qui ouvre la scène avec sa question « Quel est le roi de cette terre ? », ainsi il attire l’attention du lecteur. La situation du lecteur peut être comparée à l’état dans lequel se trouve l’homme blanc dans le texte : il est guidé dans un nouveau pays par le nègre qui représente l’omnipuissance de l’auteur. En effet, le lecteur impose son point de vue sur le texte objectif. De plus, l’auteur utilise un sorte de l'ellipse temporelle pour souligner l’importance de certains événements de point de vue de l’homme blanc. Cependant, dans la première chanson il manque des preuves indoutables de la subjectivité parce que l’homme noir y est aussi présent pendant la scène entière – lui aussi il peut être le héros principal de cette chanson. Il est donc impossible d’indiquer un point de vue concret.

Le texte de la deuxième chanson est une transcription d’un monologue du roi à sa fille Nélahé où il lui ordonne de satisfaire les désirs de l’homme blanc qui est sur place (désigné avec un pronom démonstratif). On ne sait pas exactement qui témoigne ce monologue, ainsi il est impossible d’indiquer un point de vue concret.

La troisième chanson renvoie à la tradition des chansons de geste, elle louange une victoire d’Ampanani : c’est un témoignage du champ de bataille plein des épithètes et des métaphores valorisants ( « il s'élève comme un jeune palmier sur la montagne », « brave ennemi », « gloire (...) brillante » ). Le narrateur qui raconte les événements en troisième personne est impressionné par tout les deux armées ( d’une part « brave ennemi », de l’autre « le vainqueur s’en retourne paisiblement » ), mais il est conscient de la supériorité de la force d’Ampanani : il exprime son surpris dans la question rhétorique qui ouvre le texte : « Quel imprudent ose appeler aux combats Ampanani ? » L’auteur ne précise pas qui est l’énonciateur de cette description : soit un homme blanc, un témoin d’une bataille entre des tribus négrières, soit un nègre de l’armée d’Ampanani ( il s’adresse aux adversaires : « Brave ennemi (...) tu tombes, et ta chute est pour tes soldats le signal de l’épouvante » ).

La quatrième chanson est une transcription d’un chant collectif fait par le roi Ampanani avec des chœurs des hommes et des femmes, pleurant son fils qui est mort dans le combat. Encore une fois l’auteur ne spécifie pas qui est le témoin de cet événement.

Le texte de la cinquième chanson apporte un énoncé d’un des nègres qui s’adresse à la collectivité du tribu. Il raconte l’histoire des blancs arrivés à Madagascar ; dans le refrain ( « méfiez-vous des blancs » ) il crée une opposition entre des races. Dans la moitié de l’œuvre l’auteur propose au lecteur de percevoir le monde comme les habitants de l’île. Jusqu’ici le lecteur suivait les pas d’un blanc invité au village négrier, mais maintenant il « fut exterminé », comme le suggère l’énonciateur de la cinquième chanson. Rien donc ne justifie la présence du lecteur dans cette scène, qui se sent forain et doit s’approprier le point de vue des nègres.

Par contre, la forme dialogué de la chanson six efface les traits de subjectivité, il ne reste au lecteur que d’être témoin d’une conversation entre roi Apanani et Vaïna.

La septième chanson est une prière collective en première personne du pluriel. Le lecteur se trouve au milieu de la culture madécasse, il assiste à un rituel intime où les nègres expriment leur peurs et demandent la faveur des dieux. Ce qui est aussi important ce que les blancs sont complètement absents dans cette chanson : ils ne participent pas à cet appel, ils ne sont même pas mentionnées.

Dans la chanson suivante le lecteur est encore une fois témoin d’un avoue personnel : le sujet lyrique exprime son contentement de la relaxation en plain air accompagné par ses femmes. Le texte semble être objectif et universel de sorte qu’il peut être écrit par soit un blanc, soit un nègre, sauf que quelques détailles culturelles ( « femmes » au pluriel ) indiquent plutôt un nègre comme l’auteur de ce parole.

Les textes de la chanson neuf et dix apportent l’apparition du narrateur omniscient qui raconte deux tristes histoires des jeunes nègres. La neuvième chanson, étant une transcription d’un monologue d’une fille qui va être vendue par sa mère aux blancs ne porte pas de preuves de subjectivité. Ce n’est qu’au dernier paragraphe que l’auteur découvre son attitude en exprimant le regret que les prières restent inécoutées et en valorisant la patrie que la fille doit involontairement abandonner ( « Prières infructueuses ! elle fut vendue, chargé de fers, conduite sur le vaisseau, et elle quitta pour jamais la chère et douce patrie » ). De même dans la chanson dix, qui raconte la fin tragique d’un amour impossible, le narrateur révèle sa sympathie pour les amants dans la dernière ligne du texte ( « Infortunés ! Dormez ensemble, dormez en paix dans le silence du tombeau » ). Le narrateur est un personnage qui est un témoin des événements : il s’adresse aux héros ( « Où es-tu, belle Yaouna ? » ), décrit au présent ( « Ils arrivent nus et enchaînés » ), enfin rapporte ses propres impressions ( « J’ai entendu ce cri : il a retenti dans mon âme (...) » ). Cependant dans tout les deux cas l’auteur ne précise pas si le narrateur est un nègre où un blanc. C’est son surpris et son axiologie ( plus grande valorisation des jeunes que de la société ) qui nous suggère que c’est plutôt le point de vue d’un blanc.

Le texte de l’onzième chanson base sur des thèmes religieux. Il est écrit en première personne du singulier, le lecteur se trouve donc encore une fois dans la tête d’un nègre. La focalisation interne aide au procès de l'identification au peuple madécasse.

La dernière chanson est un poème d’amour d’un homme à la « belle Nahandove ». Le texte est une apostrophe à l’amante, c’est pourquoi il est plein des pronoms personnels et possessifs en première et deuxième personne ( « ma tête », « tes charmes », « tes baisers », « je languirai jusqu’au soir », « tu reviendras » ). Le lecteur a donc l’impression d’être l’auteur de cet énoncé, il semble que lui, un blanc, s’est adapté à la vie dans un tribu négrier et qui se contente de la connaissance avec une femme noire. Dans la dernière chanson un blanc devient métaphoriquement un nègre pour s’identifier avec le peuple malgache.

Dans les Chansons madécasses le point de vue est constitué par beaucoup plus que le choix des genres littéraires, la narration où la focalisation : il base aussi sur l’illusion du lien causal entre les chansons. En effet, le lecteur a l’impression qu’il suit les pas du blanc dont il est question dans la première chanson, puis, abandonné par ce héros dans la cinquième, il s’approprie graduellement le point de vue des nègres.

Cependant, sachant qu’Évariste de Parny n’a jamais été en Madagascar et que les chansons sont fausses ( c’est-à-dire inventées et écrites par de Parny lui-même ) 1 la question se pose : quel était le but de cette mystification ? Pour les rendre plus crédible, c’est sûr. Mais à quoi bon ? La réponse se trouve dans l’introduction fait par l’auteur. Bien que de point de vue de la théorie littéraire la plupart des chansons soient objectifs, la subjectivité se cache à un autre niveau : au choix des motifs touchés par l’auteur. Ce n’est par hasard que le lecteur découvre l’hospitalité des nègres, leurs rituels religieux, militaires, amoureux. Évariste de Parny montre le peuple madécasse avec beaucoup de sympathie. À tout cela s’ajoutent les blancs : ceux, qui provoquent des guerres entre les nègres, qui ont commencé la traite négrière, enfin ceux qui détruisent leur culture. « Sans nous, ce peuple serait tranquille et heureux » — ainsi Evariste de Parny essaie de prouver la thèse qu’il a posée dans l’introduction; les Chansons madécasses deviennent un pamphlet anticolonialiste.


Merci beaucoup à Agnieszka Krawczak pour son aide

  • 1. Voyages badins, burlesques et parodiques du XVIIIe siècle, éd. J.-M.Racault, St.-Etienne, Publications de l’Université St-Etienne, 2005, p. 245.
  • 2. Histoire de Madagascar, H. Deschamps, Paris, Éditions Berger-Levrault, 1960, p. 81.
  • 3. Voyages badins, burlesques et parodiques du XVIIIe siècle, éd. J.-M.Racault, St.-Etienne, Publications de l’Université St-Etienne, 2005, p. 245.
  • Wojciech Mosiejczuk @mosiejczuk
    filmowiec i romanista zainteresowany wszelkimi formami narracji, od książek po media wizualne
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